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Que serait une existence humaine sans aucune mémoire ?
Peut être brève ? En posant à un groupe cette question, la plupart des réponses obtenues expriment le fait que sans aucune mémoire, on serait "une sorte de légume", on ne saurait plus comment "faire pour..", on n'aurait pas conscience d'exister, et même... "on n'existerait pas". Les sollicitations du corps seraient perçues mais non satisfaites par manque de savoir-faire conscient. Sur ces points, si l'on pense à l'existence de la paramécie on peut percevoir un biais quant à cette affirmation. Disons en première approximation que pour imaginer une telle sorte d'existence il faudrait repositionner l'humain sur un plan basique, purement mammalien, avec ce que cela comporterait d'inné et de conditionnements de survie acquis.
Ce constat me permet de poser une sorte d'équation approximative qui ressemble à:
[ Mémoire = Vie ].
ou encore: ma mémoire fonde ma vie qui modèle ma mémoire. |
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Et si l'on se pose la question : "qu'est-ce que la mémoire?", alors il y a une équivalence avec la question : "qu'est-ce que la vie ?". Et je crois que les réponses se situent à deux niveaux. Un premier pragmatique et un autre philosophique.
Le niveau pragmatique est de l'ordre de l'organisation du quotidien alors que le niveau philosophique est de l'ordre de la recherche du sens.
L'organisation du quotidien passe par le recueil et le traitement d'informations. Elles sont accueillies par nos organes des sens ou extraites ... de notre mémoire. La recherche du sens, qui se fait en notre for intérieur et en appui sur notre vie, passe aussi par le traitement d'informations. De ce point de vue les deux niveaux ont un point de convergence, des processus psychiques identiques sont à l'œuvre. Ces processus peuvent se résumer en opérations mentales et donc en mémoire. Opérations subjectives de sélectives d'item, de tris, de passage à la moulinette de nos croyances et savoirs, puis en leur extériorisation en comportements. Nous influençons alors notre environnement et de façon circulaire nous le percevons ainsi modifié, le vivons, le recevons puis par la même contribuons à fabriquer notre mémorisation à travers nos perceptions nouvelles et nos interprétations subséquentes. |
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"Dans mon enfance à plusieurs reprise j'ai
gagné des compétitions sportives amicales, ...à la plus grande surprise
des spectateurs qui attendaient la victoire de mon adversaire du jour,
tant la différence physique était apparemment importante. Ce fut presque
toujours la stratégie qui l'emporta sur la force pure. Et à chaque fois
chez les spectateurs un silence sans joie à suivi ma victoire. Je sais
donc que gagner n'apporte et ne m'apporte aucune joie et que cela n'a aucune espèce
d'importance et ne vaut donc pas l'effort à réaliser, il suffit d'observer
et de savoir que c'est possible, parfois il suffit de commencer à faire et
de constater qu'en continuant la victoire serait au bout du chemin, mais
alors pourquoi faire?. Savoir que c'est possible et se le dire est bien
suffisant" |
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Cet exemple, reconstruit pour la circonstance, montre un travail de
mémoire et la genèse d'une croyance.
Cette croyance est implantée en mémoire
comme un savoir-faire acquis qui est devenu totalement inconscient à force
d'utilisation. (réfléchissez-vous, en le faisant, à la façon dont vous
marchez, nagez, conduisez, ou réalisez tel ou tel geste quotidien ?).
Un fait vécu, une fois ou plusieurs fois, est parfois engrammé, imprimé dans la mémoire
de celui qui les a vécu. La perception des situations, des contextes, est
remémorable: "je m'en souviens bien". Et de ces faits une conclusion a été tirée
par ce "Je". Cette conclusion a ou être généralisée et ses conséquences s'appliquent
depuis lors à toutes les situations où un engagement a lieu ou doit avoir lieu
pour ce "Je", pour moi, c'est à dire vous qui lisez ces lignes.
Je sais, je m'en
souviens parfaitement.
Mais dans l'exemple ci-dessus, en quoi le silence était-il sans joie ? Y aurait-il pu y
avoir une autre interprétation possible ? Si un de ces spectateurs, ou
l'adversaire du jour, disait son souvenir, quel serait-il ? Aurions nous perçu
les même choses, tiré les même conclusions ? Et qu'est-ce qui se passerait
aujourd'hui si "Je" faisais autrement?
Un autre exemple:
- des douleurs qui durent depuis longtemps, et pour celui qui souffre c'est toujours trop longtemps, peuvent avoir une caractéristique étrange, car on a aussi le souvenir de la souffrance des jours passés. Ce souvenir est là dans ma mémoire et en même temps que j'ai mal aujourd'hui je me souviens qu'hier déjà c'était pareil et cela me fait penser, dire, vivre la certitude que demain aussi j'aurai mal. Ainsi ce travail de mémoire fait que la souffrance d'aujourd'hui est alourdit par le souvenir de la souffrance d'hier et de celle de demain.
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Trois composantes dont l'une n'est plus et l'autre ne sera peut être pas. Souffrance, en corps et en mémoire, souffrance en trois parties dont une seule existe pour la réalité de l'observateur.
Et si je
deviens, moi qui souffre mon propre observateur je peux prendre conscience de ce
que je vis maintenant et uniquement maintenant et me dire que demain sera un
autre jour où je ressentirai aussi uniquement la part de ce jour là, c'est à
dire un tiers vrai de ma douleur et la douleur d'hier je la laisserai dans
l'album mémoire du haut de mon placard à souvenirs, quant à celle de demain elle
n'existe pas aussi il sera temps plus tard de constater si elle est ou non et
peut être que je me souviendrai qu'hier elle n'était déjà plus que d'un tiers de
ce qu'elle était avant hier.Travail de mémoire, vécus en mémoire, réalités vraies et souvenirs reconstruits.
Chaque jour je reconstruisais le monde sans le savoir. Je suis un bâtisseur
inconscient et il serait parfois peut être utile que "Je" devienne aussi
bien architecte qu'ouvrier de ce travail.
La problématique ainsi posée, on constate une circularité dans
l'interaction entre le "Je", i.e. moi, et son environnement, dont il est lui
même une part, le recueil d'informations, leurs traitements et les comportements
qui en découlent. La prise de conscience de ce phénomène est une opportunité qui
est offerte pour se poser la question:
- et si je faisais autrement qu'est-ce qui
se passerait ? Il y aurait peut être un changement en moi et par répercussion systémique
bien au delà, c'est à dire en nous.
On rejoint d'une certaine façon la sentence
"quand un papillon bat des ailes en Chine, le temps change en Californie". En me
donnant la possibilité de faire ou d'être autrement, je crée de nouvelles pistes
de vie là où je suis.
Travail de mémoire, travail en mémoire.
Jean-Jacques Floret
27/05/2005
révisé le 19/08/2006 |
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