Objectif santé : lire la version pdf

Un jour ou l'autre, chacun a eu à se « soigner » pour un bobo ou une maladie nommée, plus ou moins grave et avez-vous déjà songé à ces questions :  Pourquoi se soigner ? Quel est mon objectif en me soignant, quel est mon objectif  immédiat, à moyen terme, à long terme. De quoi ai-je besoin pour être en bonne santé et le rester ? Est-ce que cela dépend uniquement de moi ? Et puis après tout qu'est-ce que "être en bonne santé", c'est quoi, c'est comment ?

Je vous propose ci dessous un canevas de questions pour vous situer face à cette problématique personnelle.
Et
pour faire gagner du temps à certain(e)s, je signale au préalable que si pour vous  la médecine "c’est" juste colmater une brèche et continuer "à taper dans le barrage", entrave à l'accomplissement de nos désirs, qu'est un incident de parcours nommé maladie, et que ce choix de comportement est définitif, alors cet article est un non-sens.
Si vous pensez que votre santé c’est d’abord votre affaire et que c’est aussi l’expression de ce que vous êtes, de qui vous êtes, alors peut être trouverez-vous un sens à cette proposition.
Se poser ces questions et y répondre pour soi même, y compris en se disant ou pensant qu’il n’y a pas de réponse unique, de vérité vrai , c’est mettre en place au plus profond de son être des processus aidants qui serviront de guide bienveillant à notre médecin-guide intérieur.   

Prenez un instant et posez vous ces questions. (cf encadré ci dessus)

Laisser votre réponse poindre le bout de son nez dans votre esprit, puis reprenez cette lecture,...,  à moins que vous ne laissiez une partie de vous s’emparer de cette problématique, et qu’en même temps vous ne continuiez à lire cette page.

 A la question pourquoi se soigner, de nombreuses réponses sont possibles et en fouillant un peu on arrive souvent à une réponse commune qui ressemble grosso modo à : « je veux être en bonne santé »... et je demanderai alors volontiers : C’est comment pour vous « être en bonne santé » ?

Cela peut sembler bizarre de poser cette question et si vous y pensez vraiment, c'est aussi une question qui transcende l'instant présent. Souvent être en bonne santé c'est "ne pas avoir de maladie", ou de manifestation physiquement ou psychologiquement gênante.
La santé serait un équilibre que l'on construit à chaque instant, ou un déséquilibre que l'on maîtrise, comme la marche. Sous cet angle de vue, la maladie apparaît alors comme un cas particulier de cet équilibre instable et perpétuellement renouvelé, et si donc on parle de maladie c'est parce que les conséquences de cet équilibre là ne nous conviennent pas et qu'à ce titre il attire plus particulièrement notre attention, comme une entrave gêne notre marche.

A travers le monde, la perception et le vécu des phénomènes douleurs et maladie varie grandement. Les points de vue ne sont pas tous convergents et encore moins selon que l’on est « soignant » ou « malade », ou les deux. Alors pour vous... ? Si se soigner passe par l'utilisation de compétence spécifiques offertes par des professionnels de santé, comment se situer soi même vis à vis de ces offres de soins et comment situer ces offres dans notre parcours de vie? 

Dans le propos suivant, je vais être schématique à dessein: 
En occident
, il semble possible de constater au moins deux attitudes possibles face à l’offre médicale. Soit je suis acteur soit je suis spectateur de ma santé, in ou out.
Spectateur: Utiliser l'offre médical et un traitement comme un pansement : Cela permet de faire plus de la même chose. On le met en place et on recommence la même chose et tant qu’il y a des pansements disponibles, ou une place pour les mettre, on peut faire comme si cela peut ainsi durer éternellement.
Acteur: je prends acte de ce qui se passe, (J'ai mangé trois Kg de chocolat, et bu une bouteille de whisky tous les jours depuis des mois et je constate ce que je vis maintenant. J'ai l'habitude de sortir quel que soit le temps en chemisette ou avec trois chandails, je traverse l'autoroute à pied, etc...), je suis conscient que ce que je vis est une conséquence de ce qui a été. Je peux aussi constater que ce qui est aujourd'hui est aussi lié à une base génétique, mais que ce que je suis est bien de mon fait. Et puisque des comportements et des croyances ont guidés mes choix passés de vie, je décide de mettre en place des comportements différents et pour cela j'utilise l'aide et les outils offerts par des professionnels de santé.

Vous vous donnez comme objectif d’être en bonne santé. L’important n’est pas à terme de ressembler à des images de magazine ou à une représentation externe de ce que l’on croit correspondre à un état de bonne santé mais bien de ressembler à ce que vous êtes.

   

On peut être droit dehors et tordu dedans ou l’inverse et l’important demeure aussi  d’être libre de ses mouvements dehors et dedans sans tenir compte du « montré ». Un homme qui marche plié en deux avec une canne peut être bien plus libre qu’un autre qui semble avoir une attitude plus « droite ». Une femme « rondelette » peut être bien plus libre qu’un mannequin qui orne des couvertures de revues de mode. Tout est possible, tant nous sommes tous différents et uniques. Notez que par libre j'entend que tous les tissus du corps, et donc tout le corps, fonctionnent le mieux possible en ce qu'ils sont. Et si le mot libre ne correspond pas à ce que signifie pour vous cet état intérieur alors remplacez ce mot dans ces phrases par le votre et relisez ce texte avec votre propre mot.

Quelques questions simples peuvent vous aider à poser plus clairement cet objectif personnel de santé.
Vous lisez cet article, les questions sont donc à la première personne du singulier.

1ere question : Pour moi : C’est comment « être en bonne santé » ?

Donnez vous une réponse qui vous permette de vous voir dans cet état de bonne santé à un moment précis de votre vie (passée ou future). Cela signifie que vous pouvez imaginez, construire dans votre tête un film, audio-visuel et sensitif, que vous pouvez vous projeter maintenant et admirer autant que le vivre. Ce film est si précis que vous pourriez si besoin le projeter à d’autres que vous même et leur faire percevoir cet état de bonne santé pour qu'ils en profitent. Soyez vraiment précis et soigneuse ou soigneux, dans cette réalisation.

Maintenant, vous avez votre réponse du jour à cette première question.

2eme question : Ce film qui est l’illustration de ma réponse à la première question : il est tourné dans une circonstance vrai de ma vie: Est-il réaliste ? 

Je veux dire par là  que si vous vous imaginez, si vous vivez ce moment,  dans la peau de superman ou superwoman, par exemple, il y a des chances qu'honnêtement vous puissiez le considérer comme non réaliste. Faites comme si tout ce qui est nécessaire, pour que cela soit, existe, en supposant que vous avez au moment du tournage les éléments nécessaires en vous même: ce film de votre vie est-il donc réalisable ?

Si votre réponse est non ou avec une ou des réserves, alors retournez à la case départ et reconstruisez un film ou le même en en modifiant des passages, jusqu’à ce que le résultat puisse vous permettre de dire : oui c’est réaliste et réalisable.

 3eme question : Est-ce que la réalisation de ce film ne dépend que de moi ?

C’est à dire : est-ce que pour que ce film existe tel qu’il est dans votre tête, dans votre esprit, est-ce que ce dont vous avez besoin aujourd’hui pour le mettre en oeuvre ne dépend que de vous ? Pensez à tous les détails de cette réalisation. 

Si la réponse est non, alors retourner à la case n°1 jusqu’à ce que vous vous répondiez oui.

4eme question : Je suis en bonne santé: cela signifie que je vis différemment et que mes ressentis, mes actions, mes envies sont devenues différents. J'ai changé en dedans de moi et cela entraîne aussi des changements en dehors de moi. J'ai mis en place des nouveaux comportements. 

Est-ce que ces changements  vous conviennent ?  Est-ce que ces changement de comportement et d'être entraînent des difficultés avec d’autres que vous ? Une question à vous poser aussi parfois est : S’il y avait un inconvénient pour moi à être en bonne santé, ce serait lequel ?

Si à ces question vous répondez oui: il y a un ou des inconvénients alors retour à la case N°1.

Si tout est bien passons au stade suivant qui sera de se demander :

  1. Qu’est-ce qui m'empêche aujourd’hui d’être en bonne santé ?

  2. De quoi ai-je besoin pour être en bonne santé. ?

  3. Quel est le rôle de l'ostéopathie dans cette recherche "d'une bonne santé" ?

  4. Y a t il des approches complémentaires à l'ostéopathie et aux médecines structurelles ?

  5. .../...

Jean Jacques Floret
ostéopathe DO MROF
01.03.2003

revu le 24/03/2005

 
               
   
Mémoire et Santé
Jean-Jacques Floret
ostéopathe DO MROF
mai 2003 

revu le 24/03/2005


La mémoire : qu'en dire ?

Cette partie de nous même que l'on nomme " mémoire " a un rôle bien particulier dans le fonctionnement de notre totalité : stocker nos souvenirs, nos apprentissages, nos connaissances et nous permettre d'y accéder au fil du temps à des diverses fins  de traitement. Je parle ici de traitement de l'information et non de traitement médical. Quoique ...Notre mémoire, c'est notre identité.

Cela fonctionne comment ?

De façon simplifiée, on peut considérer que, de la perception d'une information externe à sa mise en mémoire permanente, le trajet du stimulus, de l'information, est le suivant : une porte d'entrée (organe des sens), une antichambre ( mémoire immédiate, souvent nommée MCT, mémoire à court terme) puis si les conditions appropriées sont réunies passage dans la grande bibliothèque (en mémoire à long terme : MLT)1.
Et aussi : dans une situation donnée, on pioche dans la grande bibliothèque qu'est la MLT pour y mettre des éléments en mémoire de travail qui vont oeuvrer avec ce qui résulte du traitement des informations externes. Il en résulte un comportement "interne ou externe"..

Durant ce cheminement des traitements personnalisés sont effectués. Au niveau de la perception "purement " organique , un premier tri peut exister en raison de déficiences de " la machinerie " (sensibilité tactile, cécité ou surdité variable ... ) puis dès que passé cette première entrée relativement objective, l'information externe subit les traitements subjectifs en rapport avec notre parcours de vie (famille, société, et autres), avec nos croyances, nos certitudes, nos peurs, notre ignorance, etc....Durant ce chemin internalisé de l'information, la trituration, le tri des informations, est sévère. Ce que nous en retenons en conscience est parfois bien loin de la réalité initialement perçue. Mais c'est comment la réalité ?
Finalement, si la répétition est suffisante, si le fruit de ce traitement se relie à une connaissance déjà stockée, si elle est correctement indicée, elle peut entrer dans la salle MLT.

Les observations et expérience ont permis de décrire différents type de mémoire. Ils sont regroupés sous les noms de :
Mémoire déclarative (ou explicite) et procédurale (ou implicite). La première regroupe à son tour les mémoires épisodique (remémorer un épisode de sa vie,
et sémantique (ce que l'on sait sans avoir ou ni comment on l'a appris).... La seconde la mémoire automatique (marcher, conduire un véhicule, gestes professionnels ...)

Un souvenir est une reconstruction permanente qui ne correspond pas à l'observé "objectif" du premier instant. Si la mémoire procédurale est relativement stable, la mémoire déclarative, explicite, est en perpétuel remaniement car les remémorations successives, les ajouts et re-engrammages la font vivre et évoluer au fil du temps.


La maladie : qu'elle est sa place ?

" Maladie " est un nom ou un concept. Chaque nom correspondant est rangé dans une classification statistique qui est liée aux besoins d'une profession médicale et, en même temps, il correspond à un vécu du patient.

Donner un nom revient aussi à donner une existence à ce qu'il désigne dans la conscience de l'individu. Dans de nombreuses traditions, et on peut le constater en parcourant les siècles, le " Nom " a été investi d'une portée magique. Pour certain le véritable nom d'une personne doit/devait être gardé secret. 
L'imaginaire s'empare de ce nom de la maladie et le vêtit d'oripeaux, ou d'habit de fête, ainsi que d'un environnement qui lui fait prendre de la place dans la vie physique et mentale, psychique.
Docteur, j'ai mal au ventre ou Docteur j'ai une recto-colite hémorragique, Docteur j'ai des crampes ou Docteur j'ai une fibromyalgie, ne résonnent pas de la même façon dans la conscience du patient qui le dit et son vécu qui en découle peut y être aussi relié.

La maladie, et les croyances qui en découlent, ses symptômes perçus par le patient, peut occuper fortement son esprit et par ce processus emplir au moins en partie les composantes de sa mémoire comme une sorte d'obnubilation partielle. Comme une croyance vigile qui filtre et organise la traduction des informations externes et internes. Ce comportement peut limiter les possibilités de nouvel engrammage ou d'évolution de ce qui est. Cela contribue à filtrer l'interprétation et le vécu de chaque instant.
Des études ont montré que chez des patients souffrants de dépression la mémoire n'est pas vraiment altérée, elle est remplie de ce qui concerne la déprime et toute perception est, à ce moment là de cette vie, passée au crible des critères qui font partie du "phénomène dépression". Les informations perçues qui en résultent vont dans le sens de cet état de déprime et le renforcent. Ces informations sont filtrées et distordues pour satisfaire la croyance de leur propriétaire et entretiennent en conséquence la dépression dans une circularité du comportement.

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La maladie et ses symptômes sont aussi constituées par la mémoire de la maladie et de ses symptômes autant que par la projection de son devenir imaginaire. La maladie, le " mal à " que l'on véhicule depuis " x " temps a un passé, un présent et un avenir dans notre for intérieur.

Qu'est-ce que la douleur ?

En dehors de la description physiologique que l'on peut en donner, la douleur est aussi un phénomène psychique qui peut être découpé en trois parties centrées sur l'instant où celui qui la vit en parle. Hier, maintenant et demain. Celui qui " a mal " vit sa douleur actuelle en pensant, le plus souvent inconsciemment, à ce qu'il en a vécu la veille. De même il projette ce qu'il pense qu'il va vivre le lendemain. Tout cela s'organise pour constituer " la douleur " actuelle. Celle ci est donc composée de trois parties dont une seule est réellement existante à cet instant " T " actuel. En prendre conscience d'une façon appropriée permet de réduire cette douleur à son seul tiers présent. C'est un premier pas vers un soulagement de 66,66666% et aujourd'hui est donc encore une bien grande durée.

Qu'est-ce qu'hier et qu'est-ce que demain ?

Hier, c'est ce qui a précédé l'instant présent, celui où l'on raisonne, celui où la douleur ou la maladie résonne. Demain est se qui va se former et se forme sur l'instant présent. Le phénomène douloureux n'est bien réel que durant ce très court laps de temps qui correspond à ce qu'est l'instant présent et pour celle ou celui qui souffre, c'est amplement suffisant et en même temps, en y pensant ainsi, la douleur actuelle, celle qui existe vraiment, n'est là que durant un temps extrêmement court, celui de cet instant présent.

Je pose la question : Comment avons nous engrammé ce souvenir maladie et comment le restituons nous compte tenu des nombreux biais qui existent dans la mise en mémoire et le traitement de la remémoration ?

Pour participer activement à notre guérison, à notre mieux être, comment mettre la somme des instants précédents, qui sont considérés comme désagréables ou douloureux pour quelques uns, dans une sorte de volume, à la façon d'un livre, et ranger ce livre sur les rayons de la bibliothèque des souvenirs anciens ?

Travailler sa santé avec sa mémoire

Une expérience réalisée par le groupe de Susan Sara (cité par Dr Marc Schwob,La mémoire, comment la conserver et la... , édition Odile Jacob, p41). On apprend à des rats à s'orienter dans un labyrinthe à ciel ouvert, en forme d'étoile à huit branches. Sur certaines branches, toujours les mêmes, on dispose de la nourriture; sur les autres, rien. Le rat à une semaine, à raison d'un essai par jour pour repérer les branches "garnies" et se restaurer. une fois que le rat a fixé l'apprentissage, si on lui donne un traitement amnésiant et qu'en même temps on réactive la mémoire de l'animal en le plaçant en début de labyrinthe, on observe que le souvenir bien que consolidé redevient fragile et le rat oublie ce qu'il a appris. Mais si le traitement amnésiant est administré "hors contexte", le rat continue de se souvenir des trajets qui mènent à la nourriture.

Bien d'autres expériences peuvent venir enrichir ces réflexions. Je fais ci après un raccourci car je ne démontre rien et saute à une conclusion.
Oublions le stimulus anesthésiant pour ne retenir que le côté superposition d'un stimulus à un contexte et ce qui en résulte. Puisque nos souvenirs sont reconstruits à chaque instant et que certains nous limitent ou sont source de problèmes de santé ou y contribuent, il devient possible par un travail approprié d'en modifier des modalités pour que les conséquences actuelles puissent aussi évoluer dans un sens favorable pour chacun de nous. Nous devenons encore plus maître en conscience de notre équilibre de santé.


Quel peut être l'objectif d'une consultation ?

Travailler sur l'instant présent et préparer l'instant suivant à être différent est un objectif qui peut être posé en consultation. 
En fait il convient de se demander quel est l'objectif de l'instant présent, celui de la consultation ostéopathique par exemple ? Pourquoi venir en consultation ? Quel est l'objectif réel en fin de compte ? 
Cet objectif de la consultation,  peut-il se résumer à " Être en bonne santé ? " ou encore "comment gérer un équilibre de santé qui me convienne vraiment"?

 

Jean Jacques Floret
Ostéopathe
01.05.2003

revu le 24/03/2005


1 MLT mémoire à long terme. MCT mémoire à court terme. MT mémoire de travail  retour au texte


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L'ostéopathie en Input et Output.
Jean-Jacques Floret
ostéopathe DO
30 juin 2003

Après avoir envisagé dans les articles précédents  un point de vue sur ce qu'est pour soi même "la santé" et évoqué la force de la remémoration dans la construction de l'imaginaire en ce domaine, et avant d'étudier quelques exemples de motifs de consultations et le travail qui en a suivi, je veux ici réfléchir avec vous sur le modèle de l'offre ostéopathique et de l'implication du patient.

L'ostéopathie est un outil du changement.

Dans le cadre d'une consultation, changer peut signifier changer un vécu symptomatique et poursuivre par le changement du terrain qui donne ses racines à ce ou ces symptômes.
Changer la répartition de tensions structurelles aboutit à la mise en place d'un nouvel équilibre "dans sa peau".
S'investir dans une thérapie ostéopathique, c'est en même temps chercher la résolution d'un symptôme, épiphénomène et résultante d'un moment de vie, et libérer un potentiel physiologique et perceptif.  Cela permet d'aboutir, si accepté, à un changement plus profond et global alliant les versants somatique et psychique. Un plus en terme de choix.

J'ai montré dans un article l'interdépendance des mouvements visuels et cervicaux, et j'ai proposé par ce biais la prise en compte objective d'un lien soma-psyché.

Un traitement ostéopathique accompagne la mise en place et favorise la découverte de ressentis différents.

Modifier la répartition de tensions dont certaines sont liées ou responsables de symptômes au minimum douloureux, c'est un peu comme mettre à ses pieds des chaussures à la bonne taille.

Le traitement ostéopathique  donne la possibilité de vivre des états internes nouveaux ou autrement construits.
Un traitement est un recadrage somatique qui offre une nouvelle base à la mise en place de recadrages "psychiques".

Le seul préalable quasi obligatoire pour une réussite probable est l'adéquation de l'offre et de la demande.

Input & Output

Dans son livre "Changement, paradoxe et psychothérapie" Paul Watzlawick  (Changements: paradoxes et psychothérapie édition du Seuil, Points, p105, cf. en bas de page) insiste sur l'importance de la différenciation du quoi et du pourquoi. Être capable en médecine d'expliquer pourquoi 'cela est' et ne pas avoir de réponse au 'comment faire autrement' correspond à la boutade du patient qui ayant suivi une cure psychanalytique dit que maintenant, si son problème n'a toujours pas trouvé de solution, au moins il sait pourquoi "il l'a".

Une question se pose: Que doit-on attendre d'un traitement ostéopathique, ou à quoi faut-il s'attendre en terme de changement?

Paul Watzlawick écrit:  "[...] la méthode de la boite noire. Ce terme forgé au cours de la Seconde Guerre mondiale, fut utilisé pour désigner la méthode d'examen des appareils électroniques pris à l'ennemi. Ces appareils ne pouvaient pas être ouverts car ils risquaient de contenir des explosifs. Les chercheurs se bornaient alors à fournir divers inputs à la "boite" et à mesurer les outputs. Ils pouvaient ainsi déterminer à quoi servait cet appareil sans nécessairement en savoir le pourquoi."

Observer et étudier des relations entre le suivi du traitement ostéopathique et ce qui s'en suit, sans aborder la "nature réelle de la machine humaine" ni de la "nature réelle de la pratique ostéopathique" et médicale, est une façon utile d'étudier et de favoriser le changement auquel nous contribuons et que le patient vit et intègre.

Incidemment, on peut aussi se demander ce qu'est la dite nature réelle et sur quoi reposeraient des études conduites sur la base de cette recherche ?

On peut observer que ce type de démarche, d'observation,  est bien difficile pour l'homme que nous sommes. Lorsqu'une question du type: "est-ce que l'huile gèle dehors en hivers?", est posée la tendance "scientifique" est plutôt à rechercher dans la littérature, dans des expériences savamment sophistiquées, en laboratoire, etc..., ce que peut être la réponse, alors que si on est en hivers ou dans un pays froid, pour avoir une réponse il est simple de mettre une bouteille d'huile à l'extérieur et d'observer le lendemain ce qui s'est passé.

Écouter et comprendre.

Pour penser l'ostéopathie le premier stade est d'écouter ce que les patients disent de leur vécu, ce qu'ils remarquent en terme de changement sur tous les plans de leur être corporel, psychologique, sur leur totalité. C'est aussi de le leur faire entendre. Cela semble un truisme pour une médecine holistique.

Un écueil à éviter

Celui qui est signalé par Einstein lorsqu'il signale, en substance,  que "c'est la théorie qui nous dit ce que l'on peut voir". Et en l'occurrence "la théorie" acceptée et accueillit par le praticien consulté. Ce qui ne rentre pas dans ce que je crois, et sais, ne peut être.

 

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On risque alors en tant que patient  de se retrouver dans la situation de ce géomètre qui a aujourd'hui des problèmes de vue, qui affirme à son médecin que ces problèmes n'existaient pas jadis puisque dans son métier il pouvait lire l'heure aux clochers des  villages distants et lire les repères de ses outils de travail éloignés ... et qui entend ce médecin lui dire que ce qu'il dit est impossible car ses problèmes de vue remontent forcément à sa naissance....  Le raisonnement de ce professionnel marche à l'envers et son entendement se bloque à la porte de la réalité du vécu de son vis-à-vis.  Que dire encore de ce gastro-entérologue qui déclara à sa patiente: vous dites que vous avez mal dans cette position et pas dans celle ci : c'est impossible.

Que font beaucoup en examinant des dires d'ostéopathes et de leur patients ? Que fait le patient en examinant ce qui change en lui ?

Interroger,  écouter et recueillir des informations contextualisées en rapport avec une plaintes d'aujourd'hui et en amont avec la vie du patient est un premier pas vers l'observation du changement à venir et dès ce stade participe déjà à la mise en place de ce changement. Faire une relecture de ligne de vie en y mettant, pour le client-patient, une autre compréhension est un pas vers le changement.

Que fait-on pour faire autrement ?

Examiner ce que nous faisons, ressentons, disons, exprimons. Le praticien peut aider le patient à passer en revue, si approprié,  tout ce qu'il vit et pas seulement le symptôme d'appel de la consultation présente. Notons, et faisons remarquer,  ce qui change objectivement et subjectivement.

En fait, qu'est-ce qui est important: par exemple, que des adhérences cicatricielles aient disparues ou que leur gêne ait disparue ? Que le patient soit "droit" ou qu'il se sente libre dans ses mouvements?  Que la patient ait mal de temps en temps de manière raisonnable ou tout le temps ? Que les résultats d'une pratique soient en accord avec une ou des théories ou qu'un changement utile ait lieu ?   Mourir en bonne santé ou mourir de peur de...?
Qu'est-ce qui est le plus juste : Que la pratique soit asservie à la théorie ou la théorie au service de la pratique ?

Un premier pas possible: constater ce qui se fait et ce qui se vit.

Ce constat conduit a envisager des suites de consultations où le patient dit ne pas être mieux, car il y en a aussi comme dans toute médecine. L'explication peut se trouver du côté du praticien (communication, choix technique, thérapeutique, adéquation de l'intervention avec le moment...) autant que du côté du patient (croyances, objectifs, implication,...) voire des deux à la fois. Il y a interaction permanente , i.e de l'arrivée au local professionnel à son départ.
J'ai le souvenir de patients présentants des constipations terminales et que j'ai suivis dans le cadre d'un protocole hospitalier de soins ostéopathiques. Le motif de consultation et l'objectif était de chercher une solution à cette constipation. Tous les examens médicaux réalisables avaient été effectués en amont... Selon mon point de vue de l'époque, quelques uns "s'obstinaient" à dire en cours de traitement ostéopathique "ça ne marche pas", alors que manifestement leur "nombre de selles" hebdomadaire avait notablement et objectivement augmenté. Sur le point du symptôme objectif un changement avait eu lieu. Au niveau du vécu, non.  Alors que faire d'autre et comment?

Ce point  me conduit à souligner l'importance fondamentale, en amont d'un traitement, du choix du patient, de son désir, de son objectif de santé. Si le patient n'a pas clairement identifié cet objectif, quoi que le thérapeute fasse, ce patient restera "constipé" sur son problème de santé.

Si des professionnel de santé, y compris des ostéopathes,  envisagent  l'offre ostéopathique à travers des idées, des abstractions, des concepts, des points de vue étroits et donc limités, alors ils resteront aussi constipés et fermés à tout progrès perceptif, à toute ouverture et enrichissement de points de vue complémentaires et utiles à leur propre démarche de soins.

Deux pistes.

Une, pour une méthode de recherche en ostéopathie, et une pour celles et ceux qui utilisent l'offre de soin ostéopathique.

Pour la recherche:
Utilisons déjà le modèle de la boite noire. Pour mémoire, ce fut la méthode utilisée par W. G. Sutherland et son "cerceau de tête"  lorsqu'il a décrit les effets du traitement crânien (essai de contraintes, sur lui même,  sur une zone du crâne et constat de ce qui se passe).

Pour le patient :
Je pose en préalable l'hypothèse qu'un premier traitement est exhaustif et ne se limite pas  à une manipulation locale mais prend bien en compte la recherche et la libération quasi exhaustive des gênes somatiques et ce sur le nombre de séances nécessaires à cette fin.

Le patient doit examiner avec attention tout ce qui change dans son vécu, son ressenti et se dire que ces changements sont le reflet de sa propre exploitation de l'offre ostéopathique et médicale.

L'ostéopathie est un modèle de changement, une voie de changement offerte à celle et celui qui le souhaite. C'est aussi une source d'économie, car au delà d'un traitement bien conduit et vécu, avec une vrai prise en charge du patient par lui même, ce changement peut permettre une vie subtilement différente et plus agréable avec plus de choix.

Jean-Jacques Floret
ostéopathe DO.
30 juin 2003

revu le 24/03/2005

Bibliothèque:

  • Commander "Changement", de Paul Watzlawick

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